Finanbulles, saison 2

Posté le 6 mars 2013 | 43 commentaires

Bonjour à tous,

C’est la rentrée sur Finanbulles !

Après un an de silence, Finanbulles revient pour célébrer la sortie du bouquin dont je suis co-auteur avec Nicolas Cori (journaliste à Libération) « Dexia, une banque toxique », à paraître aux éditions La Découverte.

J’ai appuyé sur « pause » le 14 mars 2012 et le livre paraît le 14 mars 2013 ! S’agit-il d’une simple coïncidence? Bien sûr que non : « Dexia, une banque toxique » est la suite de l’aventure commencée avec Finanbulles. Aujourd’hui elle continue avec la sortie du livre.

Je me suis absentée pour creuser cette incroyable histoire qu’est le scandale des emprunts toxiques.

Après avoir assisté à toutes les audiences de la commission d’enquête parlementaire sur ces fameux emprunts pour la Gazette des Communes (lien), j’ai eu envie d’aller plus loin et de lever le voile sur cette affaire. Trop de questions restaient en suspens à l’issue des travaux parlementaires

- Comment ces produits spéculatifs ont émergé ?
- Pourquoi Dexia en a vendu la majorité?
- Est-ce que la banque avait conscience de leur dangerosité ?
- Pourquoi l’Etat n’a-t-il rien fait ?

Une envie irrépressible de comprendre m’a poussée à me plonger dans le grand bouillon toxique ! Avec mon co-auteur, Nicolas Cori, nous avons mené notre enquête et tenté de combler les zones d’ombres pour raconter cette fabuleuse histoire…

Maintenant que j’ai une bonne vision de ce qui s’est passé, je trouve cette affaire encore plus scandaleuse. Elle est la parfaite illustration des conséquences désastreuses que peut avoir une rencontre qui n’aurait jamais dû avoir lieu. D’un côté, les collectivités locales qui défendent la notion d’intérêt général ; de l’autre, les banques, qui défendent leurs intérêts particuliers c’est à dire faire du profit! Forcément, la confrontation des deux fait des étincelles.

« Dexia, une banque toxique » n’a fait que renforcer mon attrait et mon intérêt pour le monde de la finance. Mon élan premier reste intact : mieux comprendre l’univers de la finance dont les valeurs et les principes parfois m’échappent. Et puis, j’ai aussi envie d’aller me balader du côté des solutions alternatives pour voir comment on peut sortir de ces abus et construire les bases d’un nouveau modèle.

Bref, Finanbulles va poursuivre sa mission pédagogique et informative sur un ton décalé.
C’est parti : place à Finanbulles, saison 2 !

Un extrait de “Dexia, une banque toxique” à lire en avant première dans Marianne qui consacre, cette semaine, un dossier sur les finances locales “Ce que les élus font de votre argent”…

La suite le 14 mars dans toutes les bonnes librairies!

Petit mode d’emploi pour ceux qui ne connaissent pas encore le blog:

A votre droite, en haut de la colonne, les anciens posts classés par séries:

Par exemple, “André Orléan, un économiste atterré” est une série de trois entretiens sonores sur le thème de la finance prédatrice ou bien “Jézabel Couppey-Soubeyran, on reprend les fondamentauxest une série qui propose des vidéos pour comprendre ce qu’est une action ou une obligation…

Bonne visite!

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Finanbulles, saison 1: clap de fin!

Posté le 14 mars 2012 | 69 commentaires

Hello chers lecteurs,

Comme vous avez pu le remarquer je ne suis plus active sur Finanbulles…
Je n’ai plus de temps à y consacrer mais surtout je suis devenue accro aux emprunts toxiques.

Je suis tombée dans la marmite et je n’arrive pas à en sortir (d’ailleurs, je n’en ai pas envie!!!)
Bref, le rideau tombe sur Finanbulles…

Pour les fans (!) vous avez pu me lire, au mois de Février dans Alternatives Economiques (un article sur la crise du financement local) et vous pouvez me lire, ce mois-ci, dans Terra Eco (un article sur la finance solidaire).

Vous pouvez également lire mes articles régulièrement sur le Club Finances de la Gazette des Communes.

Enfin, vous me retrouverez prochainement sur la question des emprunts toxiques… j’ai décidé de m’y plonger corps et biens!

A bientôt et merci pour votre fidélité.
J’ai adoré découvrir la finance à vos côtés!

Lien vers le Club Finances de la Gazette des Communes.

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L’arnaque des emprunts toxiques

Posté le 30 novembre 2011 | 60 commentaires

Chers lecteurs,

Je suis plongée jusqu’au cou dans la finance et plus particulièrement dans les emprunts toxiques! Et oui, j’ai assisté à toutes les auditions de la « commission d’enquête sur les produits financiers à risque souscrits par les acteurs publics locaux » à l’Assemblée Nationale. Et je peux vous dire que c’est passionnant! J’ai suivi ces auditions pour la Gazette des Communes, LE magazine des collectivités locales.

Alors, si vous voulez comprendre les enjeux de cette formidable arnaque, voici les liens de ces articles. Lisez, vous allez halluciner… Langue de bois, désengagement de l’Etat, mensonges éhontés de la part des banques, mauvaise foi des collectivités: tout y est! Une vraie saga!
Dès que j’ai un moment, je vous en ferai une petite chronique spéciale sur Finanbulles!

En attendant, voici les liens vers des morceaux choisis:

La situation dramatique des petites communes

Le pipeau des banques

L’éclairage des experts (ouf!)

La langue de bois de l’Etat

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Les défis de la finance solidaire: communiquer et oser parler rentabilité!

Posté le 17 novembre 2011 | 79 commentaires

Le précédent article sur la finance solidaire, que j’ai écrit pour le site Le Plus/Le Nouvel Observateur (voir article précédent), m’a été inspiré par une conférence à laquelle je me suis rendue la semaine dernière. Organisée par le groupe SOS, elle était intitulée « Epargne solidaire, donnez du sens à votre argent ». Je ne résiste pas à l’envie de vous en parler. En effet, elle était très intéressante car elle a présenté ce qu’est l’épargne solidaire. Pourtant, la manière dont elle s’est déroulée est symptomatique de tout le chemin qu’il reste à parcourir pour qu’elle s’épanouisse : il faut de la communication et des explications, encore et encore !

Le cas pratique

A quoi sert la finance solidaire au juste ? Quel type de projet est-ce que mes sous vont contribuer à aider ?

Pour que le public comprenne à quoi sert la finance solidaire, la conférence a commencé par un cas pratique. Un jeune homme est d’abord venu présenter l’entreprise qu’il a réussi à créer grâce à la finance solidaire. C’est sympathique et c’est une belle histoire. Je vais donc vous la raconter. Tout droit sorti de l’ESSEC, Guillaume Hermitte, a voulu monter sa boîte. Mais pas n’importe laquelle : il voulait qu’elle réponde à certaines valeurs et notamment que des personnes restées éloignées de l’emploi servent la clientèle. Autant dire que les banquiers se sont enfuis en courant : pour eux, des anciens chômeurs représentent un risque. Ils ne sont pas allés plus loin que ça. C’est donc grâce à la finance solidaire que Guillaume a réussi à réaliser son projet : avec 25 000 euros en poche, il a réussi à réunir les 290 000 euros nécessaires pour ouvrir sa boutique. Résultat : aujourd’hui, son chiffre d’affaires atteint 700 000 euros et il envisage d’ouvrir une seconde enseigne. C’est pas beau, ça ?
Bon, très bien. Et comment tout cela est-il possible ?

Les financeurs solidaires

Pour que le public comprenne comment ça marche, des acteurs du monde solidaire ont présenté leurs structures. Ainsi, Anne-Sophie Casteight représentait France Active : il s’agit d’une structure qui reçoit l’argent récolté auprès des épargnants pour le redistribuer aux créateurs d’entreprises qui en ont besoin. Attention, souligne-t-elle, France Active ne distribue pas son argent à tout va ! Les projets présentés doivent remplir deux critères : « Répondre à des besoins sociétaux et être viable économiquement ». Mais les porteurs de projets peuvent également solliciter des banques étiquetées solidaires pour faire un emprunt (que les banques classiques leur refusent) à un taux d’intérêt intéressant. Les deux banques de référence étant le Crédit Coopératif et la NEF. Enfin, l’aide solidaire peut prendre la forme de micro-crédit, dispensés en France ou à l’étranger aux créateurs de projets. Voilà donc pour le financement.

Concrètement, comment devient-on épargnant solidaire ?

C’est là que le bas à commencer à se filer… Les acteurs du monde solidaire, semble-t-il, ont l’habitude de se parler entre eux, entre militants. Cela s’explique d’ailleurs : pendant des années, ils ont participé au développement de cette finance alternative, loin des modèles dominants. Et aujourd’hui, alors justement que le système classique s’écroule, ils se retrouvent devant la lourde tâche de devoir expliquer les mécanismes de la finance solidaire au grand public. Le problème est qu’ils n’y sont pas habitués. Cela a donc donné : « Pour devenir épargnant solidaire, vous pouvez choisir entre un produit de partage et un produit d’investissement. A moins d’entrer directement dans le capital d’une entreprise solidaire » Hum… Mais concrètement, qu’est-ce que cela signifie ? Quelles démarches dois-je faire pour devenir épargnant solidaire ? Qui dois-je aller voir ? Quelles banques et à quels produits souscrire ? Le public est sorti de là sans réellement le savoir. Dommage, alors que le but de cette conférence était justement de sensibiliser le grand public.

Et les sous dans tout ça ?

Et bien oui… Nous, on veut bien devenir épargnant solidaire mais on voudrait aussi que l’argent que l’on place nous ramène des intérêts. Alors, pendant que j’écoutais toutes ces personnes parler, une question me brûlait les lèvres : mais ces produits rapportent combien, bon sang ? Est-ce que vous allez me le dire ? Et non ! Pas un des intervenants représentant les structures solidaires n’a parlé de rentabilité. Sauf un, qui a mis les pieds dans le plat ! Nicolas Lazard, président du comptoir de l’innovation, financeur solidaire. Il a osé parler de rentabilité : « Pourquoi est-ce que seulement 0,5% des épargnants se tournent vers l’épargne solidaire ? Parce qu’ils pensent qu’elle est risquée ! Lorsqu’on engage les économies de toute une vie, on veut bien être solidaire mais on veut aussi un retour sur investissement ! » Exactement, me suis-je dit. Et c’est, à mon sens, le défi majeur que doit affronter l’épargne solidaire : oser parler rentabilité car, après tout, qui dit placement dit intérêt. Or, quand nous, potentiels épargnants solidaires, nous sommes sortis de la salle, nous ne savions pas quel est le taux d’intérêt moyen de l’épargne solidaire.

Conclusion : la finance solidaire est un système qui a fait ses preuves d’un point de vue économique. Les défis qui lui restent à relever n’en sont pas moins essentiels pour gagner la bataille face à la finance classique : communiquer, expliquer, détailler et parler rentabilité !

Et pour ceux que cela intéresse, voici le lien vers un article que j’ai écrit pour le site de la Gazette des Communes sur la fameuse affaire des emprunts toxiques. Vous verrez, les banques pratiquent une langue de bois exemplaire!
Cliquez!

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Finance solidaire: mode d’emploi pour nous sortir de la crise

Posté le 10 novembre 2011 | 68 commentaires

Aujourd’hui, c’est le dernier jour de la semaine de la finance solidaire. Vous ne le saviez pas? Normal, cette alternative à la finance classique est encore largement méconnue. Pourtant, elle nous apporte la vision d’un autre possible dans une période troublée où nos lendemains sont incertains. Il reste, bien sûr, encore beaucoup de chemin à parcourir mais elle apporte la preuve, par les faits, qu’une autre finance existe déjà!

Voici donc l’article que j’ai écris pour le site participatif Le Plus/Le Nouvel Observateur où je suis devenue chroniqueuse sur les sujets… financiers!

Le but de la finance solidaire: l’homme
Cela peut paraître curieux, mais l’objectif de la finance solidaire, ce n’est ni de faire un maximum de profit ni d’empocher des dividendes faramineux. Non, le but de la finance solidaire c’est de répondre aux besoins de notre société : créer des emplois pour des personnes qui en sont privées, réduire les inégalités, préserver l’environnement et construire des logements sociaux. Oui, je sais, ça paraît très utopique mais pourtant ça fonctionne.

Justement, comment ça marche ?

Reprenons tout d’abord une idée de base, que nous avons tendance à oublier: les marchés financiers, c’est nous ! Je m’explique : les marchés financiers ne sont rien d’autre que des masses d’argent qui proviennent de notre épargne. Lorsque nous confions notre argent à la banque, elle ne le garde pas tranquillement au chaud : elle le fait fructifier en le plaçant en actions ou en obligations. Problème : on ne sait pas où va notre argent!

L’idée de la finance solidaire, c’est de faire appel à l’épargne pour financer des projets à vocation humaniste : permettre à un chômeur longue durée de créer son entreprise, aider un entrepreneur à employer des personnes restées trop longtemps sans emploi ou octroyer un micro-crédit à quelqu’un qui veut lancer un projet environnemental, qu’il soit en France ou dans un pays en développement. Tout le monde est gagnant : l’entrepreneur social qui bénéficie de notre aide et nous, les épargnants, car on sait où va notre argent.

Lisez la suite sur le site Le Plus/Le Nouvel Observateur: Cliquez ici!

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Les marchés prennent-ils la place du peuple?

Posté le 7 novembre 2011 | 64 commentaires

Hello chers lecteurs!

Me voici de retour après une longue absence… Mais je ne suis pas restée inactive, loin s’en faut! Après mon petit bol d’air en Bretagne, je suis revenue pleine d’énergie pour affronter cette actualité brûlante offerte par les marchés.

Et j’ai rédigé ce petit coup de gueule pour le site participatif “Le Plus” du Nouvel Observateur. N’hésitez pas à faire des commentaires!

Georges Papandréou a mis les pieds dans le plat par l’évocation d’un simple référendum le 31 octobre. Il a provoqué un séisme violent qui a traumatisé les dirigeants politiques et les places boursières. Pourtant, même si son attitude interroge et qu’il a été obligé de faire machine arrière, le Premier ministre grec a eu l’audace de poser la question de la place du peuple face aux marchés financiers. Cette interpellation, provenant du pays qui est le berceau de la démocratie, mérite d’être entendue.

Est-ce que la démocratie et les marchés financiers sont compatibles ? Depuis plusieurs mois, à longueur d’articles et de chroniques, on entend dire « les marchés réagissent positivement » ou bien, au contraire, « les marchés s’affolent » ou encore « les marchés approuvent ». Les réactions des marchés sont-elles en passe de suppléer l’opinion des peuples ? A voir les décisions prises par les dirigeants politiques et la vitesse avec laquelle ils sont obligés de les prendre, on peut se poser la question. Tout se passe comme si les signaux envoyés aux marchés pour tenter d’endiguer la crise étaient bien plus importants que les conséquences que ces décisions auront sur l’économie réelle et donc les peuples. Les mesures prises n’ont qu’un seul but : satisfaire les marchés. Si les marchés rebondissent alors, ouf, on est sauvés ! Enfin, pour quelques heures bien sûr, parce qu’à peine une fuite est-elle colmatée (un plan de sauvetage historique pour sauver la Grèce le 27 octobre) que les marchés ouvrent une autre brèche (l’Italie a subi une attaque quelques jours plus tard).

Dès lors, quelle est la place des citoyens dans le processus de décision ? Prenons le « Pacte pour l’euro plus » par exemple. Ce texte, adopté en mars 2011 pour rassurer les marchés sur la cohérence économique de l’Europe, demande aux Etats une plus grande convergence et une meilleure compétitivité. Qu’ils soient de droite ou de gauche, leurs dirigeants doivent donc s’engager à réduire les dépenses publiques et s’assurer que l’évolution des salaires ne nuit pas à la compétitivité. Quelle place accorde-t-on à la voix du citoyen dans l’adoption de telles mesures ? Et si on va plus loin, quelle valeur donne-t-on aux négociations salariales et aux partenaires sociaux ?

Pour lire la suite, cliquez!
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/210970;referendum-en-grece-les-marches-financiers-prennent-ils-la-place-du-peuple.html

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Parenthèse

Posté le 27 octobre 2011 | 54 commentaires

Hello!
Juste un petit mot pour vous dire que, malgré une actualité financière foisonnante, je suis en reportage en pays bigouden (Finistère Sud)
Ca tombe mal, non? En plein sommet européen… mais nous allons nous retrouver vite, vite!
En avant goût de l’exposition que je suis en train de concocter avec le photographe Stéphane Lavoué, voici le phare d’Eckhmul.
A très bientôt sur Finanbulles,
Financièrement vôtre,
Catherine

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Crise bancaire: l’éclairage de Dominique Plihon

Posté le 17 octobre 2011 | 63 commentaires

Aujourd’hui, et avant de vous révéler la suite du débat des “Economistes Atterrés », je me suis dit qu’il serait intéressant d’approfondir notre compréhension de la « phase 3 » de la crise évoquée par Benjamin Coriat (voir post précédent: http://finanbulles.fr/blog/?p=1024). Car après tout, nous y sommes plongés jusqu’au cou: recapitalisation des banques, différents entre Sarkozy et Merkel sur la méthode, lever de bouclier de la part du lobbying financier qui ne veut pas entendre parler de recapitalisation … Un petit éclairage ne serait pas de refus, non? On continue donc dans la veine des “Economistes Atterrés” puisque j’ai demandé à Dominique Plihon (économiste, Président du conseil scientifique de l’association Attac et membre du collectif « Atterrés ») de nous donner son éclairage sur ces questions. Je ne sais pas vous, mais moi, j’y ai tout de suite vu plus clair… Vous me direz.

Pourquoi parle-t-on aujourd’hui de recapitaliser les banques ?

La question revient sur le tapis tous les quatre matins. Mais, pour quelles raisons, au juste, les Etats veulent-ils recapitaliser les banques ? Il y en a, quand même, pour au moins 200 milliards d’euros au niveau européen ! En fait, il y a deux raisons principales, comme nous l’explique Dominique Plihon.
- La première, et la plus évidente, est celle de leur exposition actuelle aux dettes européennes : « Elles possèdent des créances de mauvaise qualité, notamment les obligations grecques. Il existe un réel risque qu’elles ne soient pas remboursées ».
- La deuxième raison est liée à la psychologie des marchés (si, si !): « Si l’on se projette dans le futur, il est fort probable que d’autres pays, comme l’Espagne ou l’Italie, rencontrent des difficultés croissantes de financement public. Quand les marchés vont constater que les banques font des pertes, alors ils vont spéculer contre elles. Cela va enclencher une sorte de cycle infernal où les agences de notation vont baisser les notes et, ce faisant, nourrir ce mouvement d’inquiétude. En recapitalisant les banques, les Etats anticipent le phénomène et veulent rassurer les marchés ». Hum… D’accord. Alors, pour l’instant, les banques ne sont pas encore en danger mais, au cas où les marchés s’affolent, on les recapitalise de la modique somme de 200 milliards d’euros…

Comment on recapitalise ?

Là-dessus, comme d’habitude, l’Europe n’arrive pas à se mettre d’accord. Et, à sa tête, on retrouve le duo de choc de l’atermoiement politique : Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ! Alors, cette fois, sur quoi se divisent-ils ces deux-là ? Et bien, ce n’est pas compliqué, nous expose Dominique Plihon : « Sarkozy souhaiterait puiser dans le fonds de soutien européen pour venir au secours des banques. Tandis que Merkel souhaite que chaque pays règle sa propre situation ». Les enjeux de ce bisbille ? Il est double :
- « D’abord, bien sûr, si la France propose son soutien financier aux banques, dont le besoin est estimé à 15 milliards d’euros, elle court le risque de perdre son triple A » souligne Dominique Plihon. Dur, dur : si la note de la France est dégradée, elle ne pourra plus bénéficier de bonnes conditions d’emprunt sur les marchés financiers. Cela pourrait nous être fatal par les temps qui courent.
- « Ensuite, si l’Etat apporte son soutien aux banques, il serait logique qu’il impose un représentant de l’Etat dans les conseils d’administration des banques concernées pour participer à leur gouvernance. Or, à qui appartiennent ces banques ? Aux amis de Sarkozy ! » Notre président ne veut pas importuner ses amis avec le regard de l’Etat sur leurs petites affaires… Il préfère donc puiser dans le fonds européen, comme ça, il serait déchargé de cette obligation bien pesante… Pensez-donc, l’Etat qui régule les bonus des potes de Sarko… Ca fait désordre pour un gouvernement libéral !

Cet éclairage, explique, par la même occasion, la position de la Fédération Bancaire Française qui jure ses grands Dieux que les banques françaises n’ont pas besoin d’être recapitalisées ! Les banques qui refusent des sous ? Je trouvais ça bizarre… Pourtant, c’est logique : 1) si elles acceptent de l’aide, elles avouent qu’elles ont des problèmes et c’est la porte ouverte aux spéculations des marchés 2) si elles sont renflouées, elles se retrouvent avec un représentant de l’Etat dans leurs instances de gouvernance… Impensable !

Que faudrait-il faire pour sortir de cette big crise ?

Comme j’ai pu le constater lors du débat et auprès de Dominique Plihon, les « Economistes Atterrés » sont pour une nationalisation des banques. Tous estiment qu’une recapitalisation est inévitable et que cette première étape devrait être suivie d’une nationalisation. Parce qu’il n’est plus politiquement tenable que l’Etat viennent au secours des banques et que celles-ci fassent ensuite ce que bon leur semble.

Mais il faudrait aller plus loin. « Il faut désarmer les marchés. Actuellement, lorsqu’une entité, que ce soit un Etat ou une entreprise, est attaquée par les marchés, elle doit trouver des réponses immédiates. Celles-ci sont forcément violentes : programmes d’austérité, licenciements… Elles n’ont pas les marges de manœuvres nécessaires pour mener une réflexion indépendante et trouver des solutions plus humaines » soutient Dominique Plihon. L’une des solutions pour contrecarrer ce phénomène est la création monétaire. Voici les arguments que nous présente l’économiste: « Normalement, les Etats souverains ont deux possibilités pour constituer des ressources : lever des impôts et créer de la monnaie. Or, l’Europe a verrouillé ces deux niveaux : en installant la concurrence fiscale, elle a exercé une pression à la baisse sur les impôts. Et les textes ont rendu impossible la création monétaire par les Etats. Toutes les décisions en matière monétaire sont centralisées par la Banque Centrale Européenne. Or, celle-ci ne créé pas directement de monnaie. Donc, l’association Attac prône l’instauration de la démocratie monétaire par la création d’une Banque Centrale Européenne gouvernée autrement. Les décisions y seraient prises par un collège comprenant à la fois des banquiers centraux, des représentants de l’Etat mais aussi des forces sociales (comme des syndicats) et des citoyens. Ce nouveau type de gouvernance nous permettrait de nous ré-approprier le processus de création monétaire afin, notamment, de financer la transition écologique et de proposer des prêts plus intéressants aux entreprises ».

Cette idée (qui n’est pas sans rappeler les propositions de Nicolas Hulot : http://finanbulles.fr/blog/?p=530 ) n’est-elle pas intéressante ? Se réapproprier notre monnaie et s’en servir pour financer des projets qui servent l’intérêt général…. Hum… Enfin, pour l’heure, il s’agit de gérer nos banques et ce n’est pas une mince affaire ! Je suis sûre que cette semaine sera, encore, pleine de rebondissements ! Heureusement, vous aurez lu Finanbulles et vous comprendrez les enjeux de ce qui se trame…

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Les Economistes Atterrés lancent un cri d’alarme: attention, c’est le début de la fin!

Posté le 10 octobre 2011 | 71 commentaires

Les marchés épuisent les Etats en leur demandant des garanties qui les entraînent dans la course folle de la récession. Les gouvernements imposent à leur peuple des solutions ultra-libérales qui ne font qu’aggraver le mal. Dexia est le premier mort d’une longue série dont la victime ultime pourrait être l’Europe. Dans ce jeu de dupes, deux grands perdants : la justice sociale et la démocratie. Tel était, en substance, le discours tenu par les « Economistes atterrés », jeudi dernier, lors du débat organisé par Médiapart, à la Maison des métallos. D’un côté, j’étais ravie d’entendre une critique du système ultra-libéral actuel, écho qui m’avait cruellement manqué lors du débat à l’Institut Montaigne en présence des pontes de la finance. D’un autre côté, j’ai ressenti un malaise profond en écoutant ces propos : je suis sortie de là complètement flippée quant à l’avenir de mes filles (voir du mien tout court). Parce que, quand même, si on se projette à moyen terme, c’est à dire dans quelques mois, on est carrément mal barrés !

Compte-rendu en deux temps de ce débat sans fard sur la crise que nous traversons. Lecteurs sensibles et dépressifs, s’abstenir !

Où en est-on dans cette foutue crise ?

Benjamin Coriat, professeur d’économie et co-président de l’Association des “Economistes atterrés” nous a expliqué que nous en étions à la phase 3. Je ne reviens pas sur la phase 1, aujourd’hui bien connue : la crise des subprimes. Nous avons allègrement passé la phase 2, celle où les marchés financiers se sont retournés contre les Etats en leur disant : « Mais vous êtes endettés, vous dites donc ! Vous n’allez plus pouvoir nous payer ! ». A ce moment-là, les marchés ont carrément jeté l’opprobre sur les solutions mêmes qui les avaient sauvés. Car pourquoi les Etats se sont endettés déjà ? Ha oui, pour venir au secours des banques et financer des plans de relances ! Les chiffres sont sans appel : depuis 2008, les dettes européennes ont explosé de 20 à 30%.

Bref, cet été nous sommes tranquillement passé à la phase 3 (voir les deux posts de Finanbulles: “La saga de l’été, coups de chaud sur les marchés!”). Là, les marchés se sont exclamés : « Oups, y’a plus de sous dans les caisses publiques ». Un rien paniqués par l’ampleur du marasme qu’ils ont provoqué, les investisseurs se sont mis à exiger des garanties de plus en plus grandes aux Etats pour qu’ils continuent à emprunter. Et, en bons petits soldats disciplinés, les gouvernements ont dégainé le mot magique : « austérité » afin de juguler le déficit public et donc la dette. Sauf que l’austérité a un vilain défaut : comme elle fige l’économie, elle ne fait qu’aggraver le déficit public.

Les marchés financiers se trouvent actuellement devant un double cercle vicieux :
- Les solutions qu’ils prônent, austérité et réduction des déficits publics, menacent d’entraîner l’économie mondiale dans une récession de grande ampleur
- Les banques deviennent à nouveau suspectes car, suivez-bien : les marchés ont attaqué les dettes d’Etat dont étaient friandes les banques. Mais 1) si ces dettes ne valent plus rien 2) si les Etats sont ruinés et ne peuvent plus se porter garants des banques = alors les banques ne valent plus rien non plus! CQFD !

En gros, c’est le serpent qui se mord la queue ! La question que je me pose, simple citoyenne, est la suivante : cette spirale était prévisible puisque même moi j’y avais pensé. Alors pourquoi les marchés ont-ils, à ce point, manqué d’anticipation ? La question mériterait d’être posé à un financier pur et dur… Si vous avez une idée !

Des solutions bêtes, méchantes et dangereuses

C’est ce que pense Cédric Durand, professeur d’économie à Paris 13, des réponses apportées à la crise.

Bêtes :parce qu’elles reproduisent les erreurs des années 30 en précipitant le monde dans la dépression.
Méchantes : car elles génèrent des violences sociales et des injustices comme le départ forcé des jeunes générations grecques ou encore la difficulté d’accéder aux soins.
Dangereuses : car face à une crise d’une telle ampleur, soit les gouvernements demandent l’assentiment du peuple soit ils utilisent la force. Aujourd’hui, on voit bien que c’est cette dernière solution qui l’emporte. De telles méthodes remettent en cause la notion même de démocratie et d’adhésion du peuple.

Devant ce constat sans appel, Cédric Durand interroge les termes du débat: et si on revenait sur la notion même de “dette” et si on posait la question de sa légitimité?
- Que signifie « honorer sa dette » et jusqu’à quel point est-elle légitime ? Pour répondre à cette question inédite, pourquoi ne pas se demander à qui profite le crime? Qui détient la dette et comment l’argent récolté par l’Etat sur les marchés financiers (avec nos sous) a-t-il été utilisé?
- D’autre part, quelle est l’origine de cette dette? Quand on constate qu’elle est en partie due à une baisse d’impôts sur les gros revenus et qu’elle supporte le coût des solutions de la crise, on peut se demander jusqu’à quel point il est vraiment légitime de la rembourser…

Discours peu entendu et ma foi très intéressant. Effectivement, on nous présente comme une nécessité absolue le fait de rembourser cette dette mais finalement, l’argent récolté via la dette nous a-t-il été utile ? A-t-il servi le peuple ou les financiers ? Si cet argent a largement profité à ces derniers (ou tout au moins à sauvegarder leurs intérêts), au nom de quoi est-ce que les stocks options et les revenus financiers demeurent défiscalisés ?

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Mais, “b…….”, c’est quoi un emprunt toxique?

Posté le 2 octobre 2011 | 68 commentaires

Aaaaaaargh ! « Mais c’est quoi un emprunt toxique ? » vous demandez-vous en vous arrachant les cheveux ! « Je veux comprendre, je veux comprendre » répétez-vous en boucle tout en lisant les nombreux articles qui ont fleuri ces derniers jours (dont le dernier post de Finanbulles :http://finanbulles.fr/blog/?p=985 ). Allez, calmez-vous, respirez un grand coup : je vais vous expliquer ce que j’ai compris de cette affaire. Accrochez-vous, c’est parti !

Un emprunt toxique, c’est un emprunt structuré qui a mal tourné.
Car, tous les emprunts toxiques sont des emprunts structurés MAIS tous les emprunts structurés ne sont pas toxiques. Vous me suivez?

Dis, c’est quoi un emprunt structuré ?

C’est un emprunt à taux variable, dont le taux d’intérêt varie en fonction de l’indice financier sur lequel il est indexé (à l’inverse du taux fixe qui est calé une fois pour toute).

On le dit « structuré » parce qu’il comprend plusieurs périodes.

- une première période dite « à taux bonifié » dont le taux d’intérêt est très bas (cela a même été 0% à la grande époque!)
- une deuxième période dont le taux d’intérêt est indexé à une formule plus ou moins complexe (en général incompréhensible par le commun des mortels). Par exemple, le taux d’intérêt peut être indexé sur la parité euro-franc suisse (très célèbre en ce moment).

Mais il en existe des tas dont la nature varie suivant la formule d’indexation du taux : ça peut être l’Euribor à 3 mois ou l’Euribor à 12 mois, la parité dollar/ yen ou encore le rapport entre le prix du kilo de pomme de terre et le prix du baril de pétrole (mais non, je plaisante !!!). Ils ont des petits noms qui font rêver: TofisMS + ou de DIGI CMS ou encore FIXIA USD Monétaire. C’est pas sympathique tout ça?

Prenons un exemple qui m’a été cité par un des spécialistes des emprunts toxiques :

La commune B va chez son banquier pour contracter un emprunt. La banque D lui propose un emprunt structuré qui a le profil suivant :

- une première période de 3 ans où le taux d’intérêt est très intéressant : 1%
- une deuxième période de 27 ans (gloups !) dont le taux d’intérêt est indexé à la formule suivante : attention, tenez-vous bien!
Le taux d’intérêt reste à 3% tant que la différence entre l’euro et le franc suisse est supérieure à 1,44 (c’est à dire si il faut 1,44 franc suisse pour avoir un euro). Mais, si jamais cette barrière est enfoncée (donc si le franc suisse augmente ou l’euro baisse), alors le taux d’intérêt va évoluer selon la formule suivante :
3% (taux d’intérêt de départ)+ 50% de la dépréciation exprimée en pourcentage. Vous me suivez ? Non ? Ne vous inquiétez pas, je vais donner un exemple concret !

Comment devient-il toxique alors?

Bien. Jusqu’ici, la commune B a affaire à un emprunt structuré, c’est à dire à un produit de crédit fabriqué par une banque. Alors, comment ce monstre, jusque-là inoffensif, devient-il soudainement toxique ?
Réponse : ça dépend des conditions de marchés, c’est à dire de l’ évolution du sous-jacent sur lequel est indexé la formule. Dans cet exemple, la parité euro/franc suisse.

Reprenons. La commune B coule des jours heureux : elle paye tranquillement un taux d’intérêt de 3% sur la partie dite “bonifiée”. Jusqu’au jour où, vlan : le franc suisse augmente d’un coup (parce qu’elle est une valeur refuge alors que nous sommes en pleine crise)! Et hop ! La valeur du franc suisse grimpe et fatalement, le rapport entre l’euro et le franc suisse baisse: le franc suisse “enfonce” la barrière de 1,44.

Imaginons que la valeur du franc suisse fasse chuter la barrière à 1,34 (si un euro = 1,34 franc suisse): le rapport entre l’euro et le franc suisse a perdu 10% par rapport à la barrière fixée au départ, 1,44.

Rappelez-vous la formule de l’emprunt structuré: 3% + 50% de la dépréciation en pourcentage
Du coup, ça donne: 3% (le taux d’intérêt initial) + 5% (50% de 10%) = 8%

Patatra ! En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le taux d’intérêt de la commune B se retrouve avec un taux d’intérêt qui passe de 3% à 8% ! Et bien sûr, rien ne lui assure que le franc suisse ne va pas continuer à s’apprécier par rapport à l’euro ! Donc, tous les jours, que dis-je, toutes les heures, le maire de la ville B ou bien son directeur financier, a les yeux rivés sur le marché monétaire pour connaître l’évolution du franc suisse. C’est pas la mouise, ça ? L’augmentation du taux d’intérêt peut s’envoler jusqu’à 40% ! Car le franc suisse peut enfoncer la barrière de 20%, 40% ou 50% puisqu’il est une valeur refuge sur laquelle se ruent les investisseurs (ce qui fait automatiquement augmenter sa valeur). Vous imaginez la somme que doit honorer la commune B, tous les ans au mois d’octobre, date à laquelle elle doit payer sa banque ? Autant dire que c’est la cata.

Pour bien comprendre les enjeux pour la collectivité concernée, prenons là encore un exemple. Celui de la ville d’Unieux: 40% de ses emprunts sont très risqués. Or, leur taux d’intérêt est passé de 3,7% à 14,7% en mai dernier. Conséquences sonnantes et trébuchantes: plus 663 000 euros dans son budget (qui correspondent à l’augmentation des taux d’intérêt). Soit 13 postes d’employés municipaux tout de même.

Bon, ça suffit pour aujourd’hui, allez prendre une aspirine.


Et hop! Cet article a été repris par le site d’information Le Nouvel Obs/ Le Plus: http://leplus.nouvelobs.com/contribution/199343;dis-c-est-quoi-un-emprunt-toxique.html

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