“Qui est l’ennemi? C’est la finance!”

Posté le 29 mars 2013

Il est temps de remettre les pendules à l’heure. Halte aux discours qui prônent l’austérité et qui jettent l’opprobre sur les dérives de l’Etat providence. Il ne faut pas se tromper : notre ennemi, c’est la finance.

Voici, en substance, le message de Benjamin Coriat (professeur d’économie à Paris XIII et co-président du Collectif des Economistes Atterrés) et Guillaume Etievant, économiste et membre de la fondation Copernic, mercredi soir, lors de la soirée de débat organisée par les Amis du Monde Diplomatique dans le 12 ème arrondissement de Paris, sur le thème des alternatives à la crise.

Quelques rappels utiles pour alimenter le débat lors de vos dîners

Rappel n°1 : la crise que nous traversons n’est pas celle de la dette publique mais celle de la dérégulation financière

Ca fait du bien de le rappeler ! Benjamin Coriat a même parlé de « hold-up idéologique »… Rafraichissons les mémoires. Les années 2007-2008 sont celles de la dérégulation financière et de la propagation de produits très sophistiqués. Ces dérives ont enfanté des monstres, les fameux “subprimes”, qui ont provoqué la crise financière de 2008. Les Etats ont volé au secours des banques pour éviter une catastrophe systémique. Et, bien sûr, les dettes publiques ont explosé. Benjamin Coriat avance un chiffre : en 2007, pas un Etat de la zone euro (à part la Grèce) n’est sous le coup d’une procédure liée à un déficit excessif. En 2010, tous les Etats le sont. Attention, c’est là que se niche le tournant idéologique. Les partisans de la pensée libérale parlent de « crise de l’Etat providence »… Mais il ne faut pas se tromper: il s’agit bien de la crise d’un modèle économique où la finance est hégémonique!

Rappel n°2 : le modèle économique européen est défaillant

L’Europe aurait pu être un rempart contre la crise qui secoue notre continent. Malheureusement, elle apparaît comme le maillon faible à côté de la Chine, des Etats-Unis ou du Brésil. Selon Benjamin Coriat, c’est parce qu’elle est construite sur des présupposés et des principes qui montrent aujourd’hui leurs limites. Il est absurde que les Etats ne soient pas solidaires entre eux: en cas de crise majeure, comme aujourd’hui, les pays les mieux dotés ne peuvent pas venir en aide aux membres défaillants. De plus, la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a pas le droit de les soutenir en les finançant directement à des conditions avantageuses… Au lieu de ça, les Etats doivent s’auto-contrôler et chacun d’eux doit préserver son équilibre budgétaire. Ils doivent respecter les fameux critères du pacte d’Amsterdam : le déficit public ne doit pas dépasser les 3% du PIB et la dette ne doit pas excéder 60% du PIB. La crise financière aurait pu être l’occasion de refondre le modèle européen pour proposer une alternative plus solidaire… Que nenni : l’Europe, menée par l’Allemagne, s’est crispée sur ses principes de lutte contre les déficits publics.

Rappel n°3 : les solutions européennes face à la crise sont suicidaires

En 2012, ces règles déjà strictes, ont été renforcées par le Traité sur la Stabilité, la coordination et la Gouvernance (TSCG) qui impose à tous les Etats membres le respect de la “règle d’or” : le déficit ne doit, désormais, pas dépasser 0,5%. Sinon que se passe-t-il ? Le pays s’expose à des sanctions financières (la somme peut s’élever jusqu’à 0,1% du PIB). Pour éviter tout dérapage, le texte prévoit la création d’une instance nationale qui supervise le respect de ces règles. En France, elle s’appelle le « Haut Conseil des finances publiques », créé en mars 2013 avec, à sa tête, Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes. Toutes ces mesures qui musellent l’Etat providence et menacent la croissance économique se trompent de cible. Au lieu de réguler la finance et empêcher ses dérives, les Etats sacrifient leurs système éducatifs, sanitaires et sociaux.

Rappel n°4 : La financiarisation de l’économie se traduit également dans les entreprises.

Tout d’abord, parce que les dirigeants obéissent à des objectifs de rentabilité à court terme pour accroître les dividendes de leurs actionnaires, explique Guillaume Etievant. Ceci se fait, bien sûr, au détriment de leurs salariés qui subissent des plans de licenciements boursiers, comme à Sanofi et Electrolux. Mais aussi, parce qu’ils utilisent des outils financiers ultra-explosifs comme les Leveraged Buy Out (LBO). Dans ce cas, les investisseurs empruntent pour acheter une entreprise. Dès lors, ils n’ont qu’un objectif en tête: revendre l’entreprise pour rembourser le prêt et dégager des profits maximums. Effet levier garanti pour eux : ils gagnent beaucoup d’argent en ayant misé le minimum au départ. Effet dévastateur pour les salariés : ils subissent des plans de restructuration et des objectifs de rentabilité drastiques. Là encore, selon Guillaume Etievant, on se trompe d’ennemi. Il ne s’agit pas de sacrifier les droits du travail pour faciliter la flexibilité des entreprises, comme le fait l’Accord national interprofessionnel qui vient d’être signé avec le MEDEF. Il faut soutenir les salariés afin qu’ils résistent aux impératifs de la finance. Ca va mieux quand c’est dit.

Autre son de cloche: pour Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos, la crise est liée à l’excès d’endettement. A lire sur le site des Echos “Trois principes simples pour sortir de l’excès de dettes”

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62 commentaires sur “Qui est l’ennemi? C’est la finance!”

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