Et si on créait de l’argent pour dessiner le monde de demain?

Posté le 7 juin 2013 | 64 commentaires



Et si on créait de la monnaie pour construire le monde de demain? L’argent pourrait être considéré comme un outil parmi tant d’autres pour relever les défis actuels. Nous traversons une crise financière et écologique sans précédent. Créer de l’argent pour financer des solutions pourrait lever bien des obstacles…

Cette thèse, qui paraît utopique, est défendue par certains économistes. La fondation Nicolas Hulot, par exemple, propose que la transition énergétique soit financée par la création monétaire. Les débats publics viennent de s’ouvrir sur le sujet et une question essentielle demeure en suspens : comment financer le passage d’une économie polluante vers une économie respectueuse de l’environnement ? Le « think tank » de la fondation, mené par Gaël Giraud, chercheur à l’école d’économie de Paris, propose une solution inédite: créer une Banque Nationale d’Investissement.

En voici le principe: au lieu de se financer sur les marchés, qui fixent des prix hautement fluctuants, les Etats pourraient emprunter directement auprès de la Banque Nationale d’Investissement. Et celle-ci pourrait se refinancer, à moindre coût, auprès de la Banque Centrale Européene. Bien sûr, il ne s’agit pas de laisser les Etats emprunter comme bon leur semble pour financer n’importe quel projet.

Le « think tank » prévoit la création d’une structure qui définit, en amont, les grandes directions nationales. Les Etats pourraient utiliser ces nouvelles ressources pour créer des emplois verts, rénover les logements, développer les transports en commun ou aider les ménages à s’équiper en panneaux photovoltaïques.

Rêvons un peu

En France, le discours ambiant, qui parle d’austérité et de coupes budgétaires, n’est pas ouvert à ce genre de proposition. Quant à l’Europe, elle est plutôt réfractaire à cette théorie. Tout d’abord, les mandats de la BCE ne lui permette pas de créer de la monnaie. Il faudrait donc changer les textes. Mais surtout,Angela Merkel est farouchement opposée à l’assouplissement des règles de politique budgétaire. Selon elle, faciliter l’accès à l’emprunt va faire gonfler les dettes publiques et donc les déficits …

Pourtant, au niveau international, les Etats-Unis et le Japon ne se privent pas : ils créent de l’argent massivement pour rebooster leurs économies. Ces pratiques ont également leurs limites : elles ne servent pas toujours des objectifs écologiques ni l’économie réelle. Certes, il faudrait les encadrer, mais elles ont le mérite de présenter des alternatives au modèle européen.

Allez, rêvons un peu. L’argent pourrait être considéré comme un bien commun… Les citoyens auraient, dans ce cas, leur mot à dire sur sa création, son utilisation et sa finalité. La question de la création monétaire pourrait faire l’objet d’un débat démocratique. Histoire que nous puissions donner notre avis sur les décisions à prendre pour sortir de la crise et surtout, pour construire notre avenir.

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Quand la création monétaire sert les spéculateurs au détriment de l’économie réelle

Posté le 23 mai 2013 | 82 commentaires

Branle-bas de combat sur les marchés financiers
Tous les acteurs étaient suspendus aux lèvres de Ben Bernanke, le président de la Réserve Fédérale américaine (plus connue sous le nom de « FED ») en ce mercredi 22 mai. L’enjeu était de taille et se résume en une question: est-ce que la FED va continuer sa politique de « Quantitative Easing » ? Traduction en langage des mortels: est-ce que la FED va continuer, dans les mois qui viennent, à faire tourner la planche à billets?

La création monétaire, un instrument de lutte contre la crise

Depuis fin 2008, la FED a pris des mesures économiques que l’on dit « non conventionnelles ». Normalement, les banques centrales influent sur la politique monétaire de leur pays, c’est à dire sur la création de l’argent, en utilisant un instrument classique : les taux d’intérêts directeurs. Plus les taux d’intérêts qu’elles pratiquent sont bas, plus les banques peuvent leur emprunter de l’argent et plus elles peuvent proposer des crédits à des taux d’intérêt attractifs, aux particuliers et aux entreprises, pour faire tourner l’économie. Ca, c’est le schéma utilisé en période normale.

En période crise, comme celle que nous traversons aujourd’hui, les banques centrales peuvent recourir à d’autres instruments plus radicaux: la création monétaire, pure et simple. Pour cela, les banques centrales rachètent des obligations d’Etat aux banques: elles créent de la liquidité et leur permettent de faire crédit plus facilement aux acteurs économiques. Ce faisant, les banques centrales créent de l’argent qui est injecté massivement dans le circuit économique et financier.

L’argent ne va pas toujours où on veut

Le schéma paraît parfait… L’argent est créé, injecté dans l’économie, au service des entreprises, de la création d’emplois, de la croissance et des particuliers pour qu’ils consomment. Seulement ce n’est que la théorie. En pratique, l’argent ainsi créé n’est pas toujours utilisé au service de l’économie réelle. Les investisseurspréfèrent parfois l’utiliser pour faire du profit à court terme, en spéculant en bourse.

La preuve nous en a été donnée le 17 mai : le CAC 40 a atteint son plus haut niveau historique depuis deux ans, en franchissant le cap symbolique des 4000 points. Cela avait de quoi surprendre : quelques jours avant, la France entrait officiellement en récession. On observe également ce phénomène ailleurs : à Francfort, le DAX atteint des sommets alors que la zone euro est en pleine turbulence et à New York, la bourse américaine enregistre records sur records alors que les entreprises ont des résultats bien mitigés…

La crainte d’une bulle financière

Alors, que se passe-t-il ? Et bien, ce phénomène a priori étrange à fort à voir avec le « quantitative easing » et la politique accommodante de création monétaire de la BCE (qui a baissé son taux d’intérêt directeur le 3 mai pour la première fois depuis un an). Les investisseurs se retrouvent avec une somme importante de liquidités dont ils ne savent que faire… Alors, pour être sûrs de faire du profit, ils achètent des actions, c’est à dire des titres qui sont rentables à court terme. Du coup, ils créent une envolée artificielle des cours : les valeurs affichées par les marchés financiers s’éloignent tous les jours un peu plus de celles de l’économie réelle. Et les économistes commencent à craindre la création d’une bulle financière. Bref, tout l’inverse de ce que les banques centrales avaient espéré.

C’est pourquoi Ben Bernanke a déclaré doctement le 11 mai dernier: « Nous surveillons particulièrement étroitement les cas d’une course au rendement et d’autres formes de prises de risques qui pourraient affecter le prix des actifs et leur relation avec les fondamentaux ». En clair, le patron de la FED indiquait les limites tangibles de la politique de « quantitative easing » menée par son institution depuis plusieurs années. Nous comprenons maintenant pourquoi le discours du président de la FED était particulièrement attendu ce 22 mai… Est-ce que la FED allait couper le robinet à dollars? A 16 heures, Ben Bernanke a rassuré les investisseurs en leur disant que la fête continue : la politique de « quantitative easing » est reconduite pour une période indéterminée. Wall Street peut sabrer le champagne. Et nous, simples acteurs de l’économie réelle, croiser les doigts pour espérer entrevoir, nous aussi, la couleur de cet or flambant neuf…

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Plaidoyer pour une taxe carbone

Posté le 27 avril 2013 | 81 commentaires

Le débat sur la transition énergétique bat son plein. Finanbulles va amener sa petite contribution en relançant la polémique sur la taxe carbone. Comme nous l’avons vu (voir post “croissance et développement durable, c’est le chantier!”), le virage vers une économie plus verte manque cruellement de financement. Pourquoi ne pas utiliser le levier de la fiscalité ? Le projet d’une taxe carbone a été retoqué en 2009 mais le gouvernement a annoncé, en février dernier, qu’il souhaite rouvrir le débat. Voici quelques pistes de réflexions pour que, cette fois, ça marche…

Compte-rendu d’un texte fort intéressant « Pour une fiscalité soutenable et juste » paru dans « L’économie verte contre la crise ; 30 propositions pour une France plus soutenable », éditions PUF, septembre 2012.

Transition énergétique: des objectifs ambitieux sans financement

Pour commencer, rappelons les objectifs que s’est fixés la France. Via le Grenelle de l’environnement, notre pays a décidé de réduire ses émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) de 75% d’ici à 2050. Et, au niveau européen, elle s’est engagée à diminuer de 20% les émissions d’ici à 2020. Or, comme le souligne Christian de Boissieu (cf post sur croissance et développement durable), aucune source de financement n’est prévue pour passer à une économie durable. La politique fiscale environnementale pourrait être une des réponses. Mais notre pays est balbutiant en la matière : il se situe au 21 ème rang européen. Pourtant, selon les auteurs, une taxe carbone équitable et juste pourrait représenter une solution.

Domaines ciblés : le logement et les transports

Il existe bien un instrument de fiscalité environnementale : le marché carbone. Mais sa viabilité est remise en question et surtout, il ne concerne que les émissions de GES « concentrées » (qui émanent des entreprises). Or, les émissions de GES qui ne cessent d’augmenter et auxquelles il faut s’attaquer sont « diffuses » : elles émanent principalement du logement et des transports. Comment faire pour les juguler sans peser sur les revenus des ménages ?

Une taxe carbone équitable

Le principe serait simple : la somme prélevée via la taxe carbone serait restituée aux ménages les plus modestes sous la forme d’allocations. Il faut savoir que les dépenses en matière d’énergie (eau, électricité ou pétrole) sont d’autant plus élevées pour les ménages qu’ils ont des revenus modestes. Il semble donc tout à fait juste que ceux-ci se voient redistribuer la taxe carbone. Ainsi, les objectifs sont atteints : d’un côté, ils seraient pénalisés en achetant des produits polluants mais de l’autre, leur pouvoir d’achat ne serait pas amoindri.

Une taxe carbone équitable et internationale

Pour être véritablement utile, la taxe carbone devrait dépasser les frontières européennes. En effet, l’Europe produit moins de biens polluants mais elle en exporte la fabrication en Chine. Du coup, si les émissions de GES diminuent sur notre continent, elles augmentent en Chine (on les appelle les “émissions de consommation”). Or, les émissions de consommation émises en France sont largement supérieures aux émissions de production et elles connaissent une forte croissance depuis une dizaine d’années. Pour réguler cette tendance, la taxe carbone doit être étendue au niveau international.

Mot de la fin

Bon, tout ceci paraît plus ou moins réalisable, on est d’accord. Mais cette proposition a au moins le mérite de poser la question du financement de la transition énergétique et celle des politiques de fiscalité environnementales. Le passage vers une économie plus verte a fondamentalement besoin de l’appui des pouvoirs publics. Ils doivent jouer leur rôle et utiliser les instruments dont ils disposent. La fiscalité en fait partie . Le tout est qu’elle soit efficace, juste et équitable…

Voici la liste des auteurs du texte “Pour une fiscalité soutenable et juste”: Patricia Crifo, Matthieu Glachant, Stéphane Hallegatte, Eloi Laurent, Gilbert Raphaël.

Pour ceux qui sont dans le coin, venez participer au débat organisé par la ville d’Unieux sur les emprunts toxiques le 16 mai prochain! J’y interviens pour parler de ces fameux emprunts…

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Austérité: y-a-t-il un pilote dans l’avion?

Posté le 19 avril 2013 | 81 commentaires

Les effets de l’austérité sont de plus en plus décriés. Après l’aveu du FMI, en janvier dernier, qui confessait ses erreurs, voilà que les conclusions d’une étude d’économistes pro-austérité sont remises en question. Pourtant, le gouvernement, sourd et aveugle, suit les recommandations de Bruxelles et du FMI. Le programme de stabilité, qu’il a remis en conseil des ministres le 17 avril, prévoit 14 milliards d’économies… Y-a-il un pilote dans l’avion?

Et si l’austérité était une (dramatique) erreur?

Au-delà des débats idéologiques qui agitent penseurs, experts et hommes politiques actuellement, la question se pose en termes scientifiques. Déjà, en janvier dernier, le FMI a confessé des erreurs de calcul concernant les effets attendus de l’austérité. Olivier Blanchard, économiste à Harvard et directeur du département recherches du FMI, avouait que couper dans les dépenses publiques a des effets plus destructeurs que prévu… C’est aujourd’hui au tour de deux économistes prônant l’austérité, également rattachés à Harvard et anciens cadres du FMI, de faire leur mea culpa. Dans une étude publiée en 2010, Kenneth Rogoff et Carmen Reinhart, montraient que la croissance des pays dont la dette atteint plus de 90% du PIB baisse de 0,1%. Or, des économistes de l’université du Massachusetts viennent de prouver le contraire en utilisant les mêmes données : selon eux, la croissance augmente de 2,2%.

L’austérité est pourtant au programme de la France

L’incroyable erreur de Rogoff et Reinhart s’explique tout bêtement par la mauvaise utilisation d’un tableur Excel. Dommage… Car cette étude a servi à justifier les politiques d’austérité menées dans de nombreux pays. Par exemple, Olli Rehn, le commissaire européen si pointilleux sur le retour à l’équilibre budgétaire de la France, qualifie cette étude de « recherche sérieuse ». Or, c’est justement l’un des principaux destinataires du programme de stabilité de la France que le gouvernement vient de concocter. Et, hasard du calendrier, le programme de stabilité a été présenté mercredi dernier en conseil des ministres. Or, devinez quoi ? Il prévoit 14 milliards d’économies en 2014. Ca ressemble fort à de l’austérité, non? Mais pas du tout ce sont écriés Pierre Moscovici et Jean-Marc Ayrault sur France Inter…

Pierre Moscovici et de Jean-Marc Ayrault nient imposer l’austérité

La teneur de leurs discours prouvent le contraire. Ainsi, Pierre Moscovici a tenu à préciser sur France Inter, le 15 avril: « Notre objectif est de faire baisser le taux des dépenses publiques de 2 à 3% durant le quinquennat. Jamais les dépenses publiques n’ont aussi peu augmenté en France. Et les dépenses de l’Etat ont diminué pour la première fois depuis des décennies » . Deux jours plus tard, Jean-Marc Ayrault a entonné le même refrain : « Sous Jacques Chirac les dépenses publiques augmentaient de 2,3% par an, sous Sarkozy de 1, 7% par an et, avec nous, elles augmentent de 0,5% par an » soulignait-il. Et le premier ministre a conclu son argumentaire ainsi : « Notre volonté est de réduire le déficit pour retrouver la souveraineté de notre pays et la liberté d’action. Ce n’est pas l’Europe et ce ne sont surtout pas les marchés qui vont décider à la place la France ».

Y-a-t-il un pilote dans l’avion?

Passons sur la bizarrerie d’entendre un ministre de gauche se vantant de couper davantage dans les dépenses publiques que les gouvernements de droite qui l’ont précédé… Quant à ne pas dépendre des marchés, on peut en douter. Sa politique économique fait tout pour les rassurer: on se demande qui peut se réjouir de la baisse des dépenses publiques dans les domaines de la santé, de la politique familiale ou des collectivités locales à part les marchés. Mais, surtout, il semblerait que les études sur lesquelles se basent les fameux marchés financiers, le FMI et les représentants de Bruxelles, au premier rang desquels se trouve Olli Rhen, soient erronées. Il semble bien que la croissance ne naît pas de l’austérité. Du coup, on se pose la question qui fait froid dans le dos: y-a-t-il un pilote dans l’avion de l’austérité?

Nouveau! Vous pouvez aussi écouter la chronique sur “Radio Finanbulles”! Cliquez sur le lien: Y-a-t-il un pilote?

Vite, prenons l’air. Pour oublier les marchés financiers et l’austérité, courez voir l’expo “l’Equipage” (portraits sonores de bigoudens que nous avons réalisés avec Stéphane Lavoué) au festival “Photo de Mer” jusqu’à la fin du mois. Vincent Josse en a parlé ce matin sur France Inter.

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Le Haut Conseil des Finances Publiques, le “policier du déficit public”

Posté le 11 avril 2013 | 71 commentaires

Une petite révolution a eu lieu le 21 mars dernier. Elle est pourtant passée inaperçue. Le Haut Conseil des Finances Publiques a été créé dans le silence le plus total… Pourtant, rien ne sera jamais plus comme avant : à partir de cette date, la politique budgétaire du gouvernement est sous étroite surveillance. La nouvelle instance rend un premier avis le 15 avril. Bien sûr, Finanbulles est là pour creuser l’affaire.

1) D’où vient ce « machin » ?

Comme nous l’avons déjà évoqué dans un précédent post, il est tout droit issu d’un texte européen signé sous l’impulsion d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy,« le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance ». Signé il y a un an, son but est sans ambiguïté : il impose à tous les membres signataires de suivre une stricte « discipline budgétaire ». En clair, l’objectif est que chaque pays tende vers un déficit structurel qui ne dépasse pas 0,5% (au lieu des 3% du traité d’Amsterdam). Crise de l’Union Européenne oblige, il faut se serrer un petit peu plus la ceinture. Angela Merkel, suivie de Sarkozy, impose à toute la zone sa volonté d’austérité.

Et, pour être sûr que les pays ne soient pas tentés d’explorer une nouvelle voie (la relance par la croissance, par exemple !), chaque pays est sommé de créer une instance nationale de contrôle. Ainsi, le texte précise : « Des institutions indépendantes doivent également être désignées au niveau national pour contrôler l’application et le respect de la règle d’équilibre
budgétaire ». Vous l’avez deviné, en France, il s’agit du « Haut Conseil des Finances Publiques ».

2) Quelles sont ses missions ?

Elles sont de la plus grande importance : le Haut Conseil va passer à la loupe les textes qui définissent la politique budgétaire de notre pays. L’objectif de son analyse est le suivant : vérifier que les données macro-économiques sur lesquelles ils reposent sont bien réalistes et que les textes sont « cohérents» au regard d’un retour à l’équilibre budgétaire. En gros, le gouvernement n’a pas intérêt à avoir des prévisions de croissance trop optimistes ou des velléités de dépenses trop importantes. Sinon, il s’expose au carton jaune du Haut Conseil !

Le Haut Conseil peut donc bien s’apparenter à une sorte de « policier du déficit public». Si la loi de programmation des finances publiques ne leur paraît pas réaliste : hop, il donne un coup de sifflet. Le gouvernement est alors sommé de s’expliquer et même d’apporter des mesures rectificatives.

3) And so what ?

Il suffit de jeter un œil à la composition de ce Haut Conseil pour avoir une idée de ses orientations. Son président est Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes et quatre autres magistrats l’accompagnent. Mais on y trouve également Mathilde Lemoine, directrice des études économiques d’HSBC France ou Marguerite Bérard-Andrieu, inspectrice des finances et ancienne conseillère de Nicolas Sarkozy. Pas vraiment des représentants de l’alternative économique…

On voit bien les conséquences pour notre gouvernement de gauche : il n’est pas libre de choisir sa politique budgétaire. Il doit absolument rentrer dans les clous fixés par Bruxelles. Elle se définit en un mot : l’austérité. Celle-là même qu’a fustigé Arnaud Montebourg dans les colonnes du Monde cette semaine. Relancer par la croissance ne fait pas partie des plans de Bruxelles. Et, par conséquent, cette option ne peut pas être choisie par nos gouvernants.

De là à conclure que cette instance est anti-démocratique, il n’y a qu’un pas que franchit Henri Sterdyniak, membre des « Economistes Atterrés » dans un texte intitulé “Haut Conseil des Finances Publiques: pour en finir avec la démocratie”. Bref, pour l’instant, on ne sait pas encore quel va être le positionnement de cette nouvelle institution…

Il faut attendre le 15 avril pour savoir si c’est un policier plutôt bienveillant ou, au contraire, plutôt sévère. Mais il sera difficile de connaître les détails de son avis : les débats qui ont lieu en son sein doivent rester secrets. Ce n’est pas de très bon augure en ces temps où l’on prône la transparence….

Le concept de transparence vient d’émerger dans le contexte obscur que nous traversons aujourd’hui. Finanbulles a décidé de faire un pas de côté et de laisser les médias d’actualité traiter des sujets brûlants comme l’affaire Cahuzac ou “offshore leaks”…
Finanbulles se laisse guider par ses envies et continue sa mision: décrypter les enjeux financiers qui nous concernent tous!

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Croissance et développement durable: c’est le chantier!

Posté le 4 avril 2013 | 53 commentaires

« Croissance et développement durable ». Le titre de la conférence, menée par Christian de Boissieu (professeur à l’université de Paris I-Sorbonne, membre du collège de l’Autorité des Marchés Financiers –AMF- et ex-président délégué du Conseil d’Analyse Economique –CAE-) lors de la manifestation le « printemps des économistes », le 3 avril dernier, était fort alléchant ! Finanbulles a couru y assister. Pour constater que la question est un vaste chantier et que Christian de Boissieu est en pleine interrogation sur le sujet.
Petit voyage au sein de sa réflexion…

I- Croissance et développement durable, deux concepts incontournables

La croissance: c’est sûr, on aimerait s’en passer! Seulement voilà: d’après Christian de Boissieu, il existe un lien fort entre la croissance et le chômage dans nos sociétés. Or, aujourd’hui, le taux de chômage s’élève à 11% et il monte à 25% pour les jeunes. Impossible de laisser cette situation perdurer, il faut renouer avec la croissance. Et pas n’importe laquelle : elle doit s’élever à 2 % ou 3% pour que notre pays en sente les réels effets. Conclusion : nous sommes condamnés à la croissance. Le chemin va être long car la France est aujourd’hui à 0%…

Le développement durable : le concept a la vertu de remettre certains enjeux essentiels au cœur du débat économique.
Il permet de:

- penser les changements sur le long terme et non sur le court terme (principe qui guide les marchés financiers et les politiques économiques actuelles)
- définir de nouveaux indicateurs même si ceux-ci restent encore dans les limbes de rapports (le CAE a publié un rapport qui définit 25 indicateurs intitulé “Evaluer la performance économique, le bien-être et la soutenabilité”. Paru en décembre 2010, il est resté lettre morte)
- prendre en compte la notion de la pollution via les émissions de gaz à effet de serre. Même si, note Christian de Boissieu, l’Europe a largement ralenti sa réflexion sur le sujet.
- prendre conscience de la rareté des biens. Notamment celle des matières premières dont l’accès est rendu difficile par des prix à la hausse
- mettre les normes de Responsabilité Sociale et Environnementale –RSE- des entreprises au cœur de leur évaluation

II-Croissance et développement durable sont-ils compatibles ?

En fait, la vraie question est : peut-on renouer avec la croissance sans augmenter les émissions de gaz à effet de serre ? Malheureusement, les réponses restent bien floues…

- Réponse technologique : bon, rappelons que les principaux émetteurs de CO2 sont les voitures et le logement. Il existe des technologies qui permettraient de réduire leur consommation énergétique, comme les voitures électriques par exemple. Problème : même les spécialistes ne sont pas d’accord entre eux pour dessiner les perspectives dans ce domaine.
- Réponse de la croissance verte : Christian de Boissieu passe (un peu trop) vite sur la question. « Potentiel difficile à chiffrer ». Allons directement à la case suivante.
- Réponse de l’innovation : qui comprend aussi bien le domaine de la « Recherche et Développement » que de l’éducation . Là, l’Europe va devoir être compétitive car tout le monde s’est mis à innover et aussi à investir dans la formation. Il faut que la France et les Européens entrent vite dans la course…

III- Comment va-t-on financer ce nouveau virage de la croissance ?

C’est LA question qui taraude notre économiste : les caisses sont vides, pourtant, il faut non seulement renouer avec la croissance, mais, en plus, celle-ci doit respecter notre bonne vieille terre. Où va-t-on trouver les sous ?

- Sûrement pas dans les banques : Christian de Boissieu pointe les dangers relatifs aux nouvelles normes prudentielles en matière bancaire dites « Bâle III » : elles imposent aux banques, notamment, d’avoir plus de fonds propres. L’économiste craint un effet pervers : si les banques ont besoin d’avoir plus d’argent de côté pour prêter, alors elles vont accorder moins de crédit. Et la tendance affectera d’abord les profils considérés comme étant les plus risqués, c’est à dire les PME et les particuliers. C’est dommage: ce sont justement ces acteurs qui peuvent impulser le mouvement d’une croissance verte. (Notons tout de même que cette analyse des conséquences de Bâle III n’est pas partagée par tous les économistes. Pour comprendre les enjeux de cette réforme, vous pouvez vous référer au travail de Finance Watch qui a édité un document “Bâle 3 en 5 questions”)
- Pourquoi pas l’épargne? Si les banques ne veulent pas prêter pour investir durablement, il ne reste plus qu’à lorgner sur l’épargne. Ca tombe bien : le taux d’épargne des Français est de 16%. Reste deux problèmes à régler : inventer des produits financiers attractifs et verts qui donnent envie aux épargnants d’investir et concocter une politique fiscale incitative.
- Sans oublier la Banque Européenne d’Investissement (BEI) : la commission européenne a octroyé 10 milliards d’euros à la BEI en juin 2012. Christian de Boissieu fait de rapides calculs. Si on prend en compte les fonds propres de la BEI, ça veut dire qu’elle peut prêter 70 milliards d’euros. Et si on mêle le financement de la BEI avec un financement privé, on arrive à 150 milliards. De quoi voir venir…

Conclusion Finanbulles: cette conférence m’a laissée perplexe. D’un côté, je me réjouis qu’un économiste éminent et surtout très présent dans les organes officiels (AMF, CAE, commission du grand emprunt, participant à de nombreux rapports) s’intéresse si sincèrement à la question de la croissance durable. De l’autre, je me rends compte que sa pensée est en chantier et que, pour l’instant, il ne peut apporter que très peu de réponses. Je suis repartie avec la même conviction qu’en arrivant : tout est à construire.

Yannick Roudaut, fondateur d’Altérité, un cabinet de conseil en stratégie soutenable, fait part de son analyse dans le Monde “Argent et Patrimoine” du 12 avril: lien

Ecoutez mon co-auteur, Nicolas Cori, parler de notre ouvrage publié aux éditions La Découverte sous le titre “Dexia, une banque toxique”, paru au mois de mars 2013. Il était invité à l’émission “Le secret des sources” de Jean-Marc Four, le 30 mars dernier

Lisez la critique de Christian Chavagneux qui présente notre ouvrage dans Alternatives Economiques du mois d’Avril.

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“Qui est l’ennemi? C’est la finance!”

Posté le 29 mars 2013 | 62 commentaires

Il est temps de remettre les pendules à l’heure. Halte aux discours qui prônent l’austérité et qui jettent l’opprobre sur les dérives de l’Etat providence. Il ne faut pas se tromper : notre ennemi, c’est la finance.

Voici, en substance, le message de Benjamin Coriat (professeur d’économie à Paris XIII et co-président du Collectif des Economistes Atterrés) et Guillaume Etievant, économiste et membre de la fondation Copernic, mercredi soir, lors de la soirée de débat organisée par les Amis du Monde Diplomatique dans le 12 ème arrondissement de Paris, sur le thème des alternatives à la crise.

Quelques rappels utiles pour alimenter le débat lors de vos dîners

Rappel n°1 : la crise que nous traversons n’est pas celle de la dette publique mais celle de la dérégulation financière

Ca fait du bien de le rappeler ! Benjamin Coriat a même parlé de « hold-up idéologique »… Rafraichissons les mémoires. Les années 2007-2008 sont celles de la dérégulation financière et de la propagation de produits très sophistiqués. Ces dérives ont enfanté des monstres, les fameux “subprimes”, qui ont provoqué la crise financière de 2008. Les Etats ont volé au secours des banques pour éviter une catastrophe systémique. Et, bien sûr, les dettes publiques ont explosé. Benjamin Coriat avance un chiffre : en 2007, pas un Etat de la zone euro (à part la Grèce) n’est sous le coup d’une procédure liée à un déficit excessif. En 2010, tous les Etats le sont. Attention, c’est là que se niche le tournant idéologique. Les partisans de la pensée libérale parlent de « crise de l’Etat providence »… Mais il ne faut pas se tromper: il s’agit bien de la crise d’un modèle économique où la finance est hégémonique!

Rappel n°2 : le modèle économique européen est défaillant

L’Europe aurait pu être un rempart contre la crise qui secoue notre continent. Malheureusement, elle apparaît comme le maillon faible à côté de la Chine, des Etats-Unis ou du Brésil. Selon Benjamin Coriat, c’est parce qu’elle est construite sur des présupposés et des principes qui montrent aujourd’hui leurs limites. Il est absurde que les Etats ne soient pas solidaires entre eux: en cas de crise majeure, comme aujourd’hui, les pays les mieux dotés ne peuvent pas venir en aide aux membres défaillants. De plus, la Banque Centrale Européenne (BCE) n’a pas le droit de les soutenir en les finançant directement à des conditions avantageuses… Au lieu de ça, les Etats doivent s’auto-contrôler et chacun d’eux doit préserver son équilibre budgétaire. Ils doivent respecter les fameux critères du pacte d’Amsterdam : le déficit public ne doit pas dépasser les 3% du PIB et la dette ne doit pas excéder 60% du PIB. La crise financière aurait pu être l’occasion de refondre le modèle européen pour proposer une alternative plus solidaire… Que nenni : l’Europe, menée par l’Allemagne, s’est crispée sur ses principes de lutte contre les déficits publics.

Rappel n°3 : les solutions européennes face à la crise sont suicidaires

En 2012, ces règles déjà strictes, ont été renforcées par le Traité sur la Stabilité, la coordination et la Gouvernance (TSCG) qui impose à tous les Etats membres le respect de la “règle d’or” : le déficit ne doit, désormais, pas dépasser 0,5%. Sinon que se passe-t-il ? Le pays s’expose à des sanctions financières (la somme peut s’élever jusqu’à 0,1% du PIB). Pour éviter tout dérapage, le texte prévoit la création d’une instance nationale qui supervise le respect de ces règles. En France, elle s’appelle le « Haut Conseil des finances publiques », créé en mars 2013 avec, à sa tête, Didier Migaud, premier président de la Cour des Comptes. Toutes ces mesures qui musellent l’Etat providence et menacent la croissance économique se trompent de cible. Au lieu de réguler la finance et empêcher ses dérives, les Etats sacrifient leurs système éducatifs, sanitaires et sociaux.

Rappel n°4 : La financiarisation de l’économie se traduit également dans les entreprises.

Tout d’abord, parce que les dirigeants obéissent à des objectifs de rentabilité à court terme pour accroître les dividendes de leurs actionnaires, explique Guillaume Etievant. Ceci se fait, bien sûr, au détriment de leurs salariés qui subissent des plans de licenciements boursiers, comme à Sanofi et Electrolux. Mais aussi, parce qu’ils utilisent des outils financiers ultra-explosifs comme les Leveraged Buy Out (LBO). Dans ce cas, les investisseurs empruntent pour acheter une entreprise. Dès lors, ils n’ont qu’un objectif en tête: revendre l’entreprise pour rembourser le prêt et dégager des profits maximums. Effet levier garanti pour eux : ils gagnent beaucoup d’argent en ayant misé le minimum au départ. Effet dévastateur pour les salariés : ils subissent des plans de restructuration et des objectifs de rentabilité drastiques. Là encore, selon Guillaume Etievant, on se trompe d’ennemi. Il ne s’agit pas de sacrifier les droits du travail pour faciliter la flexibilité des entreprises, comme le fait l’Accord national interprofessionnel qui vient d’être signé avec le MEDEF. Il faut soutenir les salariés afin qu’ils résistent aux impératifs de la finance. Ca va mieux quand c’est dit.

Autre son de cloche: pour Jean-Marc Vittori, éditorialiste aux Echos, la crise est liée à l’excès d’endettement. A lire sur le site des Echos “Trois principes simples pour sortir de l’excès de dettes”

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Dexia, la banque qui intoxique votre PIB

Posté le 22 mars 2013 | 72 commentaires

Les Etats belges et français ont renfloué les caisses de Dexia en 2008 et plus récemment en décembre 2012… Ils ont croisé les doigts pour que cette dernière aide ne pèse pas sur les budgets nationaux et que la facture soit indolore. Leur voeu n’a pas été exaucé: mardi 21 mars, Eurostat (l’office européen des statistiques) a considéré que la somme devait être comptabilisée dans nos déficits. Dommage….

Acte I : Comme je le rappelais dans un précédent post, les Etats belges et français ont accouru au chevet de Dexia à plusieurs reprises. Une première fois en 2008, lorsque la banque a frôlé la faillite : les Etats belges et français l’ont recapitalisée à hauteur de 6 milliards d’euros (rien que ça…) et lui ont accordé une garantie sur un montant de 150 milliards d’euro pour qu’elle puisse se refinancer sur les marchés. La vie de Dexia, sous perfusion, a repris son cours. Fin de l’Acte I.

Acte II : Dexia sombre à nouveau à cause de la crise de la dette souveraine en Europe. La banque, qui détient un nombre trop important d’obligations grecques et italiennes, met les genoux à terre. Les Etats belges et français accourent une deuxième fois soigner le monstre meurtri : ils lui accordent une deuxième garantie à hauteur de 90 milliards d’euros pour que la banque organise sereinement son démantèlement. Le décès de Dexia est officiel. La garantie d’Etat va lui permettre de disparaître en douceur en vendant tout ce qui peut l’être. Fin de l’Acte II.

Acte III : Dexia est morte mais son cadavre bouge encore… Ses caisses sont vides et la bête affamée à encore besoin de cash pour mener à bien sa disparition. Ni une ni deux, les Etats belges et français répondent une nouvelle fois présents en décembre 2012. Montant de la facture : 5,5 milliards d’euros. Les deux Etats espèrent que cette nouvelle aide ne viendra pas plomber leurs budgets déjà bien mal en point. La Belgique formule un vœu pieu : que la somme soit considérée comme un investissement et non comme une perte sèche… Fin de l’Acte III.

Acte IV : les dieux européens n’ont pas été cléments et n’ont pas écouté la prière belge. Le verdict rendu par Eurostat a retenti le 21 mars comme un coup de tonnerre : la recapitalisation de Dexia doit être considérée comme un « transfert de capital » et, à ce titre, être
« enregistré dans les comptes 2012 de la Belgique et de la France ». Et Eurostat ajoute, cruel : « Il s’agit d’un groupe qui a enregistré de lourdes pertes et est en train de se retirer du marché ». Sous-entendu : la France et la Belgique ne reverront jamais la couleur de leur argent. Fin de l’Acte IV.

Epilogue : l’impact de cette malheureuse affaire ne s’élève “que” à 0,1% sur notre PIB. Par contre, la Belgique est plus touchée : alors que son déficit public n’était que de 2,8% en 2012, il va allègrement dépasser la barre des 3%. Et le pays va devoir honorer des sanctions financières pour avoir transgressé les critères de Maastricht : mettre sur un dépôt non rémunéré entre 0,2% et 0,5% de son PIB (récupérable au bout de deux ans quand le déficit est résorbé).
Mais jusqu’où Dexia va-t-elle nous intoxiquer ?

Regardez, je suis allée parler de “Dexia, une banque toxique”, que j’ai co-écris avec Nicolas Cori, au journal de 22 heures de Public Sénat le 21 mars

Et la crise chypriote au fait? D’après un très bon article de Romaric Godin, sur le site de La Tribune, elle a changé profondément changé le visage de la solidarité en Europe… A lire

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Et si la France “maquillait” les chiffres comme le font nos amies les banques?

Posté le 18 mars 2013 | 55 commentaires

Alors que les banques demandent à leurs emprunteurs la plus grande transparence, elles ne se gênent pas pour jongler avec les chiffres. Et si nos dirigeants s’inspiraient de cette méthode pour redonner des couleurs aux comptes publics? Travaux pratiques…

Le “lifting” de résultats

La Société Générale et Natixis ont innové cette année en matière de communication (voir article dans La Tribune). Au lieu de présenter des chiffres en berne, elles ont inauguré une nouvelle technique : « le lifting de résultat ». La manipulation est simple : il s’agit d’enjoliver les résultats de la banque en gommant la hausse des intérêts de la dette. La charge des intérêts a augmenté depuis l’année précédente et leur poids plombe les comptes de la banque ? Ce n’est pas si grave : il suffit de présenter deux résultats pour rassurer les investisseurs. Un résultat “brut” et un résultat « sous-jacent » hors effet de la réévaluation de la dette. Le tour est joué !

Les détails de la manip’

La méthode est efficace. Penchons-nous sur la manip’. Dans un communiqué de presse publié en février 2013 sur ses résultats 2012, la Société Générale a opéré un petit lifting. Elle présente deux chiffres: d’abord, le résultat d’exploitation (qui reflète la performance économique d’une entreprise) de 2 737 millions d’euros en 2012. Mais, jugeant que le chiffre est un peu tristounet car il est en forte baisse par rapport à 2011, elle saisit le bistouri pour lui donner meilleure mine. Et hop, elle brandit un deuxième chiffre, nettement plus appétissant: le résultat d’exploitation “sous jacent”, hors effet de la réévaluation de la dette. Il explose à 3 992 millions d’euros, soit une progression de 29% par rapport à 2011. Opération réussie ! Pourquoi l’Etat s’embête-t-il à réaliser des économies drastiques ? Ce n’est pas si difficile de masquer le montant de ses pertes !

Travaux pratiques

Passons aux travaux pratiques. Selon le scénario de l’année 2012, prévu par l’Agence France Trésor, la charge des intérêts de la dette était évaluée à 48,77 milliards d’euros, en augmentation de 1,9 milliard par rapport à 2011. Or, le déficit de la France en 2012 s’élève à 87,2 milliards d’euros. Comme nos amies les banques, opérons un petit lifting pour alléger ce chiffre et rassurer nos investisseurs. Vite, calculons le déficit “sous-jacent”, hors effet de réévaluation de la dette: 87,2 milliards – 1,9 milliard = 85,3 milliards d’euro. Une petite soustraction et le tour est joué!

Merci nos amies les banques

Et ben voilà ! Pas la peine de prévoir des coupes drastiques dans les budgets et de réaliser des économies dans tous les ministères. Il suffit de faire comme nos amies les banques en “maquillant” les comptes de la France. C’est pas beau ça ? Il faudrait passer le message à Jérôme Cahuzac qui affole tout le monde en annonçant 5 milliards d’économies à réaliser pour 2014. Un petit lifting rapide et c’est déjà presque 2 milliards de gagnés. Heureusement que nos amies les banques sont là pour montrer la voie à l’Etat !

Nota béné: bon, pour faciliter le raisonnement, j’ai pris les prévisions faites par l’Agence France Trésor sur la charge de la dette 2012. Mais les taux d’intérêt ont été plus bas que prévus sur les marchés financiers et ils n’ont pas augmenté tant que ça. Evidemment, ça ne change rien à la morale de l’histoire!

La véritable histoire des emprunts toxiques, dévoilée dans “Dexia, une banque toxique”, que je co-signe avec Nicolas Cori, paru le 14 mars dernier aux éditions Le Découverte.

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Quand les emprunts toxiques deviennent une affaire d’Etat

Posté le 12 mars 2013 | 68 commentaires

Le scandale des emprunts toxiques se poursuit. Il y a quelques semaines, le 31 janvier exactement, Dexia (la banque franco-belge qui n’en finit pas de mourir) a refilé la majorité de ses emprunts toxiques à … l’Etat ! Et tout ça, pour 1 euro symbolique. Un petit tour de passe-passe que Finanbulles va décrypter…

Flash back sur Dexia
Faisons un bref flash back sur l’affaire Dexia… La banque qui finançait les collectivités locales a commis moults erreurs : achat d’obligations pourries, filiales qu’elle ne contrôlait pas, vente d’emprunts toxiques. Pour toutes ces raisons (et bien d’autres encore), Dexia a frôlé la faillite en 2008. Les Etats belges et français sont alors venus à sa rescousse et lui ont prêté la modique somme de 6 milliards. La banque a entamé une cure d’amaigrissement en vendant certaines filiales pour renflouer ses caisses. Mais, patatra, en 2011, rebelote : la banque sombre définitivement, victime de la crise des dettes souveraines. Aujourd’hui, Dexia est officiellement morte, mais son cadavre bouge encore : ses équipes organisent sa lente extinction et vendent tout ce qui est encore vendable.

Mais qui va prêter aux collectivités?
En France, c’est la panique depuis la disparition de la banque des collectivités. Qui va prêter de l’argent aux communes pour qu’elles construisent des maternelles ou aux régions pour qu’elles entretiennent les rails du TGV ? C’est la misère…. Les collectivités locales ne savent plus vers qui se tourner. L’Etat s’est emparé de la question et a désigné la Banque Postale (après d’interminables discussions) pour vendre des prêts aux collectivités. Et comment ces prêts vont-ils être financés? Par “Dexma”, l’ancienne filiale de refinancement de Dexia. Et oui, l’Etat s’en est porté acquéreur pour un euro symbolique (via une nouvelle banque, la “Société de Financement Local” qu’il détient à 75%)!

L’arnaque
Alors, où est l’arnaque me direz-vous ? Et bien c’est que Dexma (rebaptisé pompeusement la Caisse Française de financement local) contient les emprunts toxiques ! Vous savez ces petites bombes à retardement qui plombent les comptes des collectivités parce que leurs taux d’intérêt ont explosé. D’un coup de baguette magique et pour seulement un euro, l’Etat se retrouve l’heureux propriétaire d’environ 9,4 milliards d’euros d’emprunts dits “sensibles” (Dexia en garderait 2,4 milliards).

Une affaire d’Etat
Ce n’est pas un cadeau : plus de 1000 collectivités cherchent à s’en débarrasser. D’ailleurs 66 procès sont actuellement en cours… Si elles gagnent, elles vont suspendre le paiement des taux d’intérêt. Et qui devra supporter le manque à gagner sur ces emprunts ? Et oui, l’Etat. Enfin, je veux dire NOUS. Ce n’est pas une fiction : la Seine-Saint-Denis a eu gain de cause, le 8 Février, auprès du TGI de Nanterre. Au lieu de payer des taux d’intérêt qui s’envolent, le département ne paiera que 0,74%. C’est une bonne nouvelle pour la Seine-Saint-Denis mais une moins bonne nouvelle pour l’Etat: si c’est lui qui a hérité du prêt, il va se retrouver avec une sérieuse perte à encaisser… Voici comment, au début du mois de février, le scandale des emprunts toxiques est vraiment devenu une affaire d’Etat.

On parle de “Dexia, une banque toxique” que j’ai co-signé avec Nicolas Cori (journaliste à Libération) à paraître le 14 mars aux éditions La Découverte


Ecoutez Nicolas Cori, co-auteur de “Dexia, une banque toxique”, intervenir et parler de notre enquête dans l’émission d’Emmanuel Faux, le vendredi 8 mars: “Europe 1 soir”


Ecoutez et regardez mon entretien avec Jean Leymarie lors de la séquence “Les choix de France Info” le 12 mars


Lisez “les bonnes feuilles” de “Dexia, une banque toxique” sur le site de Rue89

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